20 juin 2007
The Walking Dead TPB 6 : This Sorrowful Life (#31 - #36) de Robert Kirman, Charlie Adlard et Cliff Rathburn

Lu le 6 à la vitesse de la lumière, d'abord parce que c'est toujours
aussi passionnant et ensuite parce que c'est beaucoup moins dense
niveau dialogue. Un peu d'action ça fait pas de mal.
Le scène de
torture va loin mais j'ai trouvé qu'elle était nécessaire pour mieux
comprendre l'état psychologique du personnage par la suite, si ça avait
été elliptique, on se sentirait moins impliqué, compréhensif et
compatissant (ou pas). Et puis ça permet de se poser des questions
comme "et nous, on aurait été jusque là ?". En plus avec un peu de chance, si le mec est pas mort, ça va nous faire un bad guy revanchard d'enfer par la suite. Ce qui renvoie à une des principales idées émergeant des histoires prenant pour thème les morts-vivants : l'être humain n'a jamais de pire ennemi que quand il est face à lui-même, la survie avant tout quoi, classiiiiique. Et efficace
Le
nouveau nettoyage de la prison est rapide, ça choque un peu vu que ça
prenait bien la moitié d'un TPB la première fois, mais ça servait à rien de
nous remontrer ça, donc je comprend le choix de Kirkman.
Bref, The
Walking Dead ça fonctionne toujours aussi bien et même si on a un peu
l'impression que ça a pas trop avancé durant ces 144 pages, les
personnages sont tellement intéressants que ça reste accessoire en
fait. Seul bémol, quelques panels et pages un peu brouillons, on sent
le fait que la série avait pris du retard et qu'il fallait le rattraper
coûte que coûte.
Et comme si ça suffisait pas, la suite (peut-être, croisons les doigts) fin septembre pour ceux qui suivent pas mensuellement.
04 juin 2007
Y - The Last Man TPB 9 : Motherland (#49 - #54) de Brian K. Vaughan et Pia Guerra

Avant-dernier volume de la saga du dernier homme et pourtant Vaughan prend le risque de nous dévoiler le mot de la fin, le pourquoi du comment du fléau dévastateur ayant causé la perte des malheureux possesseurs du chromosome Y. Ainsi, dès le numéro 50, tout est dit, l'explication tu l'as et tu la gardes. C'est osé parce qu'il balance à la gueule du lecteur ce que tout
le monde veut absolument savoir depuis le début, il y a donc risque
de perdre du people en route ("hop c'est bon j'ai pas besoin d'aller plus
loin") et pourtant, ça reste foutrement intéressant parce qu'on a fini
par plus s'intéresser au sort des personnages qu'à la raison qui les a
rassemblés. L'idée est basée sur une théorie intéressante, on peut pas lui ôter ça, même si on aurait espéré autre chose au fond de nous dans
notre imprévisible inconscient qui est le nôtre.
Ensuite ce sont soit des singles s'intéressant à des persos extérieurs
à l'intrigue principale histoire de montrer différents points de vue
(sociologiques, culturels et autres) sur ce monde sans hommes et ainsi
enrichir son background, soit de la marche à pied touristique à travers
le monde.
De toute façon niveau dialogue c'est à environ 100 coudées au-dessus de
la moyenne et faut avouer que les références à la culture pop qui font tout le sel de la série me brossent dans le
sens du poil d'une bien belle façon. Et puis on ressort jamais du Last Man sans de terribles anecdotes de culture générale qui feront de nous les piliers implacables de toutes les discussions, même les plus nulles (environ 95% de la production discussionnaire nationale).
Bref, j'adore. Pas toi ? Dommage.
26 mai 2007
Bone de Jeff Smith
Le fait que la barre, là-bas, au-dessus, arbore les personnages attachants de Bone ne veut en aucun dire que j'apprécie cette série.
Ca signifie que j'en suis amoureux.
Et non, Bone ne ressemble pas à Casper.

Ca parle à peu près de ça :
Fone Bone (héros et romantique), Smiley Bone (rigolo et excentrique) et Phoney Bone (cupide et malhonnête) ont fuit Boneville suite aux malversations commises par ce dernier. La vallée dans laquelle ils arrivent va être la source de multiple rencontre dont Thorn, charmante jeune fille vivant dans une ferme avec sa grand-mère. Des rats-garous vont alors tenter de ramener Phoney à leur maître sans que les Bone ne sachent pourquoi. A partir de là, de vieilles histoires vont remonter à la surface, bouleversant la vie si tranquille jusque là des habitants de la vallée.
Ancien animateur de chez Disney, Jeff Smith crée Cartoon Books en 1991 afin d'auto-éditer sa propre série qui lui trotte alors dans la tête. Il n'oublie d'ailleurs pas d'où il vient puisque de son aveu himself, les personnages principaux sont un hommage à Carl Barks (Fone Bone = Mickey, Smiley Bone = Dingo et Phoney Bone = Picsou). Ses autres influences étant Pogo de Walt Kelly et Le Seigneur des Anneaux de Tolkien.
Bone s'est achevé en 2004 au bout de 1336 pages intenses et épiques qui continuent de faire frétiller ma möelle épinière. Parue en 55 numéros rassemblés en 9 TPB, la série mêle de façon osmotique aventure humoristique et heroic-fantasy, le tout magnifié par un dessin en n&b remarquable de maîtrise et de sobriété. Dès les premières pages, Smith a trouvé sa patte et la qualité ne baissera jamais. Graphiquement comme scénaristiquement, son don de raconteur d'histoire étant mis à contribution de façon éreintante du début à la fin.
D'abord propice à la déconnade avec ses personnages à gros nez hauts en couleur qui s'engueulent et alignent gaffe sur gaffe, Bone se fait de plus en plus sombre et mystérieux pour se transformer en un gigantesque ride aux péripéties s'enchainant sans discontinuer où se croise humour burlesque, aventure, drame sombre et tortueux et combats dantesques. Son acharnement paye puisqu'il collectionne les Harvey Awards et les Eisner Wards, soit les récompenses les plus prestigieuses de la profession.
De mémoire de lecteur, je n'ai jamais autant été happé par un univers fictionnel que dans Bone, comme l'impression que l'auteur écrivait pour moi et pour moi seul en sachant exactement ce que je voulais et ce que j'aimerais lire/voir à tel moment. De mémoire de lecteur, rarement j'ai autant ri à haute voix que devant l'enchainement parfait des cases amenant les gags et les dialogues aux répliques acérées. Le sens du timing comique est impeccable. Rares sont les BD's qui m'enthousiasment autant rien que d'en parler.Bone en fait partie.
(bon je vais arrêter là, je risquerais de devenir vulgaire, de parler de massages sexuels devant des couvertures de TPB, enfin bref)

Quelques couvertures afin d'égayer en couleur ce fort joli texte :
Delcourt a bouclé la série l'année dernière en 11 tomes de très bonne qualité même si la traduction des derniers est plutôt aléatoire (un des objets important change plusieurs fois de nom par exemple).
Pour les anglophones (de toute façon le niveau de langue est pas incroyablement élevé), Bone est dispo en intégrale à un prix ridicule.

En parallèle, mais toujours en rapport avec la saga, il existe deux one-shots de qualité moindre mais tout aussi agréables à lire :
Big Johnson Bone (Stupid, Stupid Rat Creatures) qui relate l'histoire du fondateur de Boneville et ancêtre des 3 "héros" lorsque il arrive dans la vallée et Rose (sur des dessins de Charles Vess) relatant la jeunesse de Gran'Ma Ben.
Bone est réedité depuis 2 ans dans une version colorisée et un format plus petit clairement destiné aux enfants. Les couleurs sont pas des plus réussies (trouve-je) et de toute façon le charme passe avant tout par le n&b.
Delcourt s'y est mis au début de l'année.
Niveau produits dérivés, en dehors des classiques figurines et autres lunch boxes, un jeu vidéo suivant les TPB ricains est développé par Telltale Games. Le deuxième volet est sorti, c'est loin d'être extraordinaire et honnêtement, ça présente pas trop d'intérêt si on est pas fan de la BD, mais si c'est le cas, c'est assez cool en fait.
Telltale s'occupe également du second volet de Sam & Max, arlésienne qui sortira peut-être en 2012.
http://www.telltalegames.com
Et pour finir, le site/blog de Jeff Smith avec plein d'infos sur la série (mais normalement ce post est ultra-complet en plus d'être nominé pour le prochain Goncourt) :
http://www.boneville.com
Bone va bientôt être ton meilleur ami.
Fred the Clown de Roger Landridge (Fantagraphics)

Si Voltaire avait bossé chez Arlette Gruss, Candide se serait appelé
Fred the Clown. Côtoyant le malheur comme d'autres Laurent Weil sur la
Croisette (ce qui revient un peu au même en fait), Fred ne subit pas
seulement tout la misère du monde mais il se l'inflige en plus à lui
même de par sa naïveté et sa bêtise crasse. De naufragé insulaire à
amoureux sans cesse rembarré, il est un peu celui dont tout le monde
rit, le centre de toutes les moqueries qui fait disparaitre presque
toute estime de soi. Bref, Fred il a mal à la vie.
Et c'est avec ce
personnage quasi-muet et totalement incapable que Roger Landridge
occasionne un bon nombre de rires, sourires et fou rires.
Après
Zoot Suite et sa recherche du non-sens de la vie, l'ami Roger; à qui on
ne propose aucun projet, décide de lancer un site internet pour lequel
il jure de dessiner un comic-strip par semaine. Hotelfred.com est né.
Des numéros de Fred the Clown regroupant les strips suivront et tout ce
beau bordel sera regroupé en 2004 dans une intégrale n&b chez
Fantagraphics qui décidément n'en ratent pas une.
Aucune page ne se
ressemble, à l'humour le plus noir s'acharnant sur le pauvre Fred
succède la joyeuse stupidité de gags volontairement idiots, mais le
sentiment qui traverse la globalité de l'oeuvre est une douce poésie
mélancolique qui permet de s'attacher au personnage. Rire et pitié se
mélange à travers les gags nombreux et variés qui parsèment le bouquin.
La
variété, on la doit à la volonté de Landridge de créer un imaginaire
ajoutant à la crédibilité du personnage, et surtout à son envie de se
faire plaisir. Pour cela il s'est dit que TOUT pouvait servir de base à
la narration des différentes historiettes : acrostiches, poésie,
proverbes, livres pour enfants (avec un joli pastiche du Max et les
Maximonstres de Maurice Sendak), mots croisés, théâtre shakespearien,
pubs, recettes de cuisines... Fred the Clown est une oeuvre protéiforme
qui navigue entre humour très littéraire jonglant avec les mots et
longues histoires muettes rythmées par la virtuosité du découpage.
Ca
commence avec une sublime supercherie où Landridge explique à travers
un long texte et exemples à l'appui que le monde du neuvième art ne
serait pas ce qu'il est sans Fred the Clown. Il nous
montre l'évolution du personnage de sa naissance à la fin du 19ème
siècle jusqu'à nos jours, racontant les batailles entres les différents
dessinateurs, chacun ayant un style ressemblant étrangement à des
auteurs plus connus. La famille Illico de George MacManus, Little Nemo de Windsor McCay, Krazy Kat de George Herriman ou encore l'oeuvre de Robert Crumb ne seraient donc que de pâles copies des aventures de Fred the Clown. Honte à eux.
En
plus d'être bien senti, cette partie montre l'incroyable talent de
caméleon de Landridge s'adaptant impeccablement à tous les styles
graphiques. Son sien à lui étant ultra dynamique et cartoonesque, mixé
avec l'humour à froid, je comprends qu'on puisse ne pas accrocher du
tout mais si on se donne la peine ça vaut vraiment le coup d'oeil.
L'avis de Fred sur la question :
Roger
Landridge continue de dessiner des strips de Fred sur son site en plus
d'avoir créé une gallerie de personnages assez rocambolesques :
http://www.webcomicsnation.com/rogerlangridge/
Terr'ble Thompson de Gene Deitch (Fantagraphics)

Alors qu'il travaille pour le studio d'animation UPA où il s'occupe principalement de réclames, Gene Deitch développe dans son coin un projet qu'il rêve de voir aboutir : Terr'ble Thompson, the bravest, fiercest, most-best hero of all-time. Un jour où débarque Arthur Shimkin,
producteur d'une maison de disques pour enfants demandant régulièrement
au studio de leur créer des animations pour des chansons, Deitch lui montre ses croquis et parle de son idée. Enthousiaste, Shimkin
fait appel à de grands noms de Broadway pour écrire un épisode afin de
le sortir en disque*. Y voyant là un hypothétique succès, United
Feature Syndicate fait signer un contrat à Deitch pour des
strips journaliers (6 n&b et le dimanche en couleurs). Celui-ci se
jète dedans à bras le corps avec joie et vigueur. Terr'ble Thompson vit dès lors de formidables aventures, coincé entre Lil' Abner de Al Capp, les Peanuts de Charles Schulz et Captain & the Kids de Rudolph Dirk
(qui ne s'est pas arrêté un seul instant depuis la fin du XIXème
siècle, même si son fils fait désormais les 3/4 du travail).
Considérant ça comme un honneur, il se tue à la tâche pour donner le
meilleur de lui même, tellement qu'il a du mal à concilier son travail
à l'UPA, ses strips et sa vie de famille.
Début 1956, il reçoit une proposition de Paul Terry, patron des prestigieux studios d'animation Terrytoons, et malgré une petite hésitation il accepte et doit donc abandonner Terr'ble Thompson
un an à peine après sa création en se disant qu'il n'aura pas deux fois
cette opportunité dans sa vie. N'ayant pas encore fait ses preuves (les
Peanuts ont mis 5 ans pour gagner leur notoriété), la série est
aussi vite oubliée que le disque la précédent. Une fois chez
Terrytoons, Gene Deitch donnera vie à de nombreux dessins animés qui feront les beaux jours du studios (Captain Kangaroo et surtout Tom Terrific, acronymement identique à Terr'ble Thompson, Deitch
lui ayant d'ailleurs donné les même traits en souvenir de ce qui
restera longtemps sa création préférée). Il ira ensuite bosser chez MGM
où il réalisera les meilleurs épisodes de Tom & Jerry avec Chuck Jones.

Je m'arrête là, y a pas besoin d'en savoir plus sinon qu'il vit à Prague depuis 45 ans et qu'il fêtera ses 83 ans cette année.

Pour sortir l'intégrale de cette série méconnue, Fantagraphics a fait un gros
travail de restauration puisque Deitch ne possédait plus les originaux.
L'éditeur a donc dû retrouver les journaux brunis dans lesquels
paraissaient les strips et nettoyer tout ça pour donner l'éclat du
résultat final. Et c'est joli.
Terr'ble Thompson est un
héros de 7 ans et demi dénué de tout pouvoir sinon celui de voyager
dans le temps. Enfin voyager est un bien grand mot. Dans la cabane
haute perchée constituant son repaire ("Werld Hedd Quarters", Deitch
fait sonner les mots comme s'ils sonnaient de la bouche d'un enfant),
Terr'ble reçoit la visite des plus grands noms ayant posé les pieds sur
la planète. Ceux-ci viennent juste le voir, comme ça, sans effet
particulier, à pied, en barque ou en carriole pour lui demander de
l'aide et les sortir de situations inextricables. L'enfant les suit
alors jusqu'à leur époque, à pied, en barque ou en carriole, par le
truchement des cases. Ainsi il sauvera Christophe Colomb d'une
mutinerie qui aurait pu lui coûter la découverte de l'Amérique,
empêchera le père de Cléopâtre de se transformer en arbre et secondera
George Washington dans diverses batailles (celui précisant que c'est
grâce à Terr'ble que la Constitution a été signée). Contrairement aux
autres héros de son époque, Terr'ble Thompson n'a pas
d'identité secrète et crie au contraire à qui veut l'entendre tous ses
exploits. Le problème c'est que personne ne le croit. Sauf Darlin"
Cory, une gentille petite fille. Mais Terr'ble n'aime pas les filles
alos bon... Par contre, tout comme eux, il a son arch-nemesis : Mean
Morgan ! The nastiest, sneakiest, most-worst crumb of all ! He even hates fun ! Un individu vicieux au nez crochu portant canotier et costume noir. Un affreux donc.

Même quand il pagaie, Méchant Morgan a l'air méchant.
Terr'ble Thompson c'est rudement sympathique, fast-paced comme on dit chez nous, ça va à 100 à l'heure et les gags et répliques rigolotes se succèdent gaiement. Ca alterne longs arcs constitués de strips à suivre et loners, le tout avec un dessin simple, moderne et dynamique influencé par le milieu de l'animation dont provient l'auteur (le dos du bouquin fait référence à Chris Ware mais moi je pensais plutôt à Genndy Tartakovsky (Dexter's Laboratory), ça doit être à cause de la tronche du gamin). C'est dommage que la série se soit arrêtée de cette façon, il y avait matière à faire de grandes choses, c'est pas les figures historiques qui manquent. En l'état c'est assez enjoué et entrainant pour que je prenne énormément de plaisir à dévorer ça.

Page promotionnelle pour annoncer la série (1955)
* épisode musical écoutable ici :
http://www.fantagraphics.com/tt/terthomp.mp3
"I'm seven and a half but i'm going on eight !"
Cerebus TPB 12 : Rick's Story (#220 - #231) de Dave Sim et Gerhard

Athée jusqu'au bout des ongles, Dave Sim entreprend des
recherches pour son nouvel arc évoquant le cas Rick, précédemment mari
de Jaka. Celui-ci débarque en effet dans la vie de Cerebus,
physiquement méconnaissable, vieilli et bouffi, pour s'installer au bar
afin d'écrire un livre, livre qui va peu à peu se muer en récit
biblique, Rick se mettant à déifier Cerebus et noter tout ce que ce
dernier dit et entreprend sous forme de versets religieux.
C'est donc durant les recherches et l'écriture de Rick's Story que Sim
va se mettre à croire en Dieu. Jugeant que le judaïsme, le
christianisme et l'islam sont de valeurs égales, il se convertit à sa
propre religion mêlant différents aspects des trois sus-citées (mais il
est principalement musulman précise-t-il dans ses interviews). A partir
de là, la religion deviendra le vecteur principal d'idées de la saga Cerebus. Les valeurs spirituelles nouvellement acquises par Dave Sim vont totalement submerger les pages et les cases.
C'est en comparant Church and State
et sa satire de papauté et les ouvrages qui vont venir qu'on
se rend compte de l'évolution de la mentalité de leur auteur.
Cerebus
ne pouvait évidemment pas rester indéfiniment dans son bar,
l'apparition d'un personnage clé signe la fin de ce chapitre et le
début d'une longue ballade. Et accessoirement celui des 2 arcs que j'aime le moins.
Cerebus TPB 11 : Guys (#201 - #219) de Dave Sim et Gerhard

Après plus de 1000 pages pas piquées des hannetons, il fallait bien calmer la donne pour éviter la méningite. Pour cela, Dave Sim choisit l'unité de lieu : un bar. Un endroit restreint aux antipodes de la galaxie des pages précédentes.
Guys,
c'est donc des histoires de comptoir, des blagues de mecs, du sport,
des discussions sur les femmes, de l'amitié virile, des rencontres
saugrenues, des personnages hauts en couleur, des sosies des Rolling
Stones et de Marty Feldman, des guest-stars (Buster et Genital Ben de Marc Hempel entre autres)... D'abord constituée d'une succession de
courtes saynètes (parfois seulement 2 pages), Guys est sûrement le bottin cerebusien le plus drôle depuis Church and State.
C'est bourré de dialogues soupesés au poil de bite près et de
situations cocasses, et même si on sent parfois peser une certaine
gravité peser sur les personnages, proche de l'amertume, ça reste d'une
agréable légèreté.
A partir du moment où Cerebus devient patron du
bar, les seules paroles qui résonnent le font à l'intérieur du crâne
dudit tenancier puisque on assiste à de véritables joutes mentales,
soit des monologues entre Cerebus et Cerebus où celui-ci s'énerve
contre lui-même sans cesse, se remet en question, retourne dans sa tête
la phrase énoncée par son créateur dans Minds... Faire tenir en
haleine un auditoire sur plus d'une centaine de pages avec uniquement
des monologues intérieurs et un personnage qui se déplace du lit au
comptoir et du comptoir au lit n'est pas chose aisée et ça se lit
pourtant sans ennui aucun.
Mais il va falloir s'y faire, Guys c'est
le repos du guerrier avant la grande bataille parce que dès le tome
suivant, retour à la sudation cervicale.
Y - The Last Man TPB 8 : Kimono Dragons (#43 - #48) de Brian K. Vaughan et Pia Guerra

Wéééé, enfin la suite. L'arc au Japon ne m'a pas passionné outre-mesure
mais permet à la série de poursuivre tranquillement son petit bonhomme
de chemin en distillant intelligemment les informations importantes
(tout ce qui tourne autour du comment et du pourquoi de la mort des
hommes donc). Et surtout, on a toujours le droit à des répliques bien
juteuses qu'on pourra se répéter entre amis pour rire de bon coeur
autour d'un feu de camp.
- What do you hate exactly ?
- I don't know... Saxophones, cargo pants, women who smoke clove cigarettes and fucking ninjas.
- Ninjas don't count. Everybody hates ninjas.
- Tokyo is like the fever dream of a gay kryptonian.
Kimono
Dragons est suivi de deux singles narrant le passé d'Allison Mann et
Altar (dont j'avais complètement oublié l'existence). C'est
relativement intéressant et de toute façon important pour la suite.
Surtout ce qui se rapporte au Dr. Mann.
La série se finit dans
quelques mois, joie (d'enfin tout savoir) et tristesse (de quitter les
personnages) se mélangent dans mon petit coeur transi.
Cerebus TPB 10 : Mothers & Daughters part 4 - Minds (#187 - #200) de Dave Sim et Gerhard

Hé bé, ça faisait un bail que j'avais rien écrit.
J'ai fini la saga depuis quelques mois mais la dernière partie est
tellement dense, complexe et touffue que je n'avais pas du tout
l'esprit à parler de ce tout ça. Maintenant que c'est assimilé, ce sera
déjà moins laborieux.
Minds est le théâtre d'un périple
métaphysico-spatial où Cerebus et Cirin dérivent à travers la galaxie
sur un bloc de pierre surmonté d'un trône. Continuant de s'affronter
tant physiquement que mentalement par un pouvoir que se découvre
progressivement Cerebus, ils ne vont pas tarder à être séparé afin de
suivre chacun de leur côté un voyage initiatique. La quasi-totalité des
250 pages montre donc notre oryctérope favori faire ce que l'ont pense
d'abord être des monologues mais qui ne sont autre que la discussion
entre un créateur et sa créature, un narrateur et son personnage : Dave Sim et Cerebus.
Sim
poursuit ici sa réflexion sur la BD et la création en général tout en
nous assommant d'une mine d'informations quand à la trame de
l'histoire. C'est toute l'enfance de Cerebus qui défile devant nos yeux
ainsi que l'histoire de Cirin et la montée du cirinisme à l'aide de
cases encastrées les unes dans les autres où images de Cerebus sur son
bloc de pierre et flashbacks se répondent les uns les autres ou se
superposent afin qu'il n'y ait ni passé, ni présent, ni futur mais un
seul temps simultané par le biais du découpage. C'est magistral, c'est Cerebus.
Et c'est également dans Minds que Cerebus voit cette prédiction de Dave Sim lui tomber sur la tête : "You'll die unloved and unmourned".
Cerebus TPB 9 : Mothers & Daughters part 3 - Reads (#175 - #186) de Dave Sim et Gerhard

Bon alors là on entre dans le vif du sujet, soit le tome le plus
complexe de la série (enfin de ce que j'en ai lu) de par sa dimension
méta-textuelle plus que poussée.
On dinstingue trois grands axes de lecture, qui bien évidemment ont une logique entre eux :
1
- Un pan de la vie de Victor Reid, écrivain fictif du monde d'Estarcion
dont le nouveau roman sera sur l'Ascension de Cerebus et sur les femmes
(texte littéraire)
2 - la suite de l'intrigue principale (BD)
3 - les réflexions de Viktor Davis sur son oeuvre, sa vie et les femmes (texte littéraire)
Là où ça devient complexe, c'est que Victor Reid = Viktor Davis = Dave Sim (en gros).
1 - Victor Reid c'est Dave Sim qui se téléporte dans son oeuvre, qui en parle de l'intérieur
2 - l'oeuvre en question
3 - Viktor Davis, c'est Dave Sim qui parle de lui et de son oeuvre sous un autre nom
Le
premier axe est relativement classique et raconte de façon simple les
hauts et les bas d'un écrivain qui doute et dont l'intégrité est mise à mal face à l'appât du gain. C'est une nouvelle à la
troisième personne qui ne poserait pas de difficulté si elle n'était
pas intégrée au reste du bouquin.
Le second axe est formidable dans
sa construction vraiment très peu banale. Pour tout dire, ça doit se
dérouler sur plus ou moins une heure de temps et tout ça dans la même pièce. Durant cette heure, on a
une discussion entre les 4 individus dont on suivait le périple
séparément dans les 2 tomes précédents (je vais pas dire qui ils sont,
je laisse la surprise... bon allez, il y a Cerebus), discussion bourrée
d'informations surprenantes qui remettent certains détails en question
ou bien lancent de nouvelles pistes pour la suite (sans trop en dire :
Cerebus est hermaphrodite !). A cette discussion agitée succède un
combat sans aucun dialogue et sur plus de 60 pages (!) pour terminer
d'une façon vraiment très très peu attendue qui va amener la dernière partie du quadriptyque.
Le troisième axe est
le plus étrange. On y cite Alan Moore, Jeff Smith ou Rick Veitch, on
s'adresse à nous, lecteurs de Cerebus, on alterne des paragraphes de
plusieurs pages à d'autres de 5 lignes, à la troisième personne (du
point de vue de Viktor Davis et donc Dave Sim) ou à la première (du point de vue de Dave
Sim lui-même) jusqu'à ce que les deux individus ne fassent plus qu'un.
Il y parle du rapport qu'il entretient avec son oeuvre, ce que
représente le statut de créateur dans une société capitaliste et tout
plein d'autres trucs super sympas. C'est également dans cette partie
que Sim lance les idées qui lui ont valu d'être affublé du sobriquet de
misogyne notoire. Il y oppose le comportement masculin basé sur la
raison (Male Light) au comportement féminin basé sur l'émotion (Female
Void), jusque là rien de très original, mais il pousse ses réflexions
très loin en se basant sur des exemples personnels ou de grandes
personnalités historiques.
Bref, c'est à lire.
Et je tiens à
ajouter que le style d'écriture de Dave Sim n'a rien à envier aux
meilleurs écrivains contemporains, ça se voyait déjà dans Jaka's Story
et le premier axe en est une autre preuve.











